Devant la tombe

Il y a tout juste onze ans jour pour jour,
Il se trouvait là à ce même endroit,
Orphelin privé d’un de ses amours,
D’un tendre père affectueux et droit,
Révolté, il cherchait des réponses :
Pourquoi mourir si loin sous une balle ?
Pourquoi toutes ces condoléances ?
Que signifiait donc toutes ces médailles ?
Qu’était-ce donc ? Un lot de consolation ?
La valeur de la vie de son père ?
Incrédule, il se posait ces questions
Face à la perte brutale d’un être cher.
Ses yeux totalement désespérés
S’étaient tournés vers celle qui lui restait
Mais il l’avait vu aussi éplorée
Et tout aussi perdue comme il l’était,
Ils étaient blottis l’un contre l’autre,
Dignes et sans verser une larme,
L’important était de paraître,
De ne pas montrer ses états d’âme.
Aujourd’hui, il faisait un retour au passé
Avec une émotion non dissimulée
Et des souvenirs jamais effacés,
C’est comme s’il ne s’en était jamais allé.
Il avait déposé discrètement
Sur cette tombe une médaille,
Un hommage à leur engagement,
Un présent pour ces tristes retrouvailles.
Parti très tôt sur les traces de son père,
Il s’était illustré en Centrafrique
En tant que jeune engagé militaire,
Passant outre toutes les critiques
Ainsi que les nombreuses supplications
Et demandes répétées de sa mère,
Déterminé à suivre sa vocation
Et l’exemple si lointain de son père.

N.B.: l’histoire est bien sûre totalement fictive.

L’attente

Un bref coup de sonnette l’avait fait sursauter,
Et toute tremblante, elle était allée ouvrir,
Etait-ce deux militaires venus lui apporter
La nouvelle qui la ferait à jamais souffrir ?
Sur le seuil de l’entrée, ce n’était que le facteur,
Sa respiration saccadée, s’était calmée,
Son mari était toujours vivant à cette heure.
Elle s’était engagée malgré elle dans l’armée
En acceptant de se marier à un militaire.
Elle, toute simple et forte combattante de l’ombre,
De tous ses risques, elle était aussi signataire,
Faisant face, seule, à des difficultés sans nombre.
C’était l’attente, le stress, la gérance des affaires,
Les enfants qu’il fallait rassurer tous les soirs
En leur répétant qu’il ne fallait pas s’en faire
Alors qu’elle-même essayait de garder espoir.
A la télé, on avait parlé de soldats
Qui avaient été tués dans une embuscade.
Aujourd’hui eux, son cher mari mourrait-il là-bas ?
Sentirait-elle, elle aussi, cet immense vide ?
Elle aurait bien voulu pouvoir se rassurer,
Entendre sa voix fatiguée et voir son visage.
Sans nul doute son emploi du temps est trop serré
Ou bien il est en mission dans un village
Mais il n’a plus appelé depuis quatre jours.
Elle ne sait plus quoi répondre à ses enfants.
Que faire quand le poids de l’absence devient trop lourd
Avec la peur d’apprendre sa mort à tout instant ?
Rien sinon encore continuer d’attendre
Que son mari revienne, enfin, un jour vivant
Ou bien tué quand il se sera fait descendre.
Elle ne penserait plus à sa vie d’avant,
Celle-ci aurait basculé dans un sens ou l’autre,
Sa seule préoccupation serait l’avenir,
Un avenir plein de gaieté ou bien sinistre,
Mais qu’importe, cette longue attente devait finir.

L’annonce

Une voiture noire est venue se garer
Et deux portières ont claqué soudainement,
Rompant le silence de cette soirée,
Deux militaires vêtus superbement,
Képis sous le bras et visages sérieux
S’avancent maintenant sur le trottoir,
La lourdeur de la tâche pèse sur eux,
Eux, porteurs de tristesse, de désespoir,
Dignes, ils marchent la tête haute,
Plus loin un petit garçon les regarde
S’avancer par la fenêtre entrouverte,
Pourquoi ces militaires au nombre de deux ?
Pourquoi son père rentre-t-il accompagné ?
L’enfant ne pouvait pas imaginer
Que son cœur allait bientôt saigner,
Il avait cette si belle innocence innée
Qui ignorait vraiment tout du mot guerre,
De son horreur, de son lot de saleté,
Il serait si heureux avec son père
Qui revenait aujourd’hui pour l’été.
Tout joyeux, l’enfant a couru dehors
Appelant à forces grands cris sa mère,
Qui alerté, par les cris, les pas, sort.
A la seule vue de ces deux militaires,
Elle a tout compris sans vouloir comprendre,
L’enfant s’est arrêté net dans sa course,
Il ne veut ni y croire ni entendre,
Son regard si doux reflète la détresse,
Les deux militaires toujours impassibles
Prononcent les quelques mots fatidiques,
L’enfant crie : « non, non ce n’est pas possible ! »,
La mère a des paroles identiques,
Elle serre contre son cœur meurtri son enfant
Qui est désormais tout ce qui lui reste.
Tous les deux, ils rentrent tout en pleurant,
Les deux militaires sont partis tristes
D’avoir perdu un très cher camarade,
Et d’apporter le deuil dans une famille.
Demain ce sera une telle escalade :
Condoléances, médias, hommage, médaille
Ensuite ce sera l’oubli, le silence
Et l’indifférence totale dans la rue,
Il ne restera plus que la souffrance
Et la mémoire d’un être cher disparu.

Comment je travaille ?

Ecrire un poème n’est pas une chose simple mais j’ai ma méthode de travail. En général quand je choisis le thème d’un poème, c’est qu’un fait que j’ai vu ou lu m’a marqué et que je me suis dit:ça ferait bien un poème. C’est pourquoi je me suis plongée dans l’univers militaires à travers tout ce qui était à ma disposition. J’ai voulu sortir du schéma traditionnel et pousser plus en avant ma réflexion. J’ai donc lu quelques bouquins qui m’ont fait découvrir certains aspects.Mais j’ai tenu aussi à regarder des films de guerre américains parce qu’au-delà du fait que certains sont très patriotes et parfois dans la surenchère, ces films ont aussi la capacité à mettre en avant leurs soldats et leurs sentiments devant ce qu’on leur demande. Il y a d’excellentes analyses que certains ne perçoivent peut-être pas parce que c’est plus la guerre qui les intéressent.Moi ça m’a permis de découvrir d’autres aspects qu’on ne voit certainement pas dans les films français.Certains reportages récents abordaient aussi de bonnes thématiques qui m’ont semblé intéressantes.
J’ai évidemment plein d’idées en tête mais je n’ai pas le temps de tout écrire au vu de mon emploi du temps. Je le fais donc petit à petit. Ecrire prend du temps. Cela me prend parfois plusieurs heures car je réfléchis à la tournure du vers, à la rime et que je m’astreins au nombre de pieds pour donner un bon rythme. Il y a ensuite le fil du poème qu’il ne faut pas perdre. Il a aussi la réflexion sur la manière dont on va rendre la chose de la manière la plus sensible mais aussi la plus belle i-e trouver les mots justes…Parfois on a la chance d’avoir le coup de génie…
Une fois écrit, je le relis en entier car il m’arrive d’écrire par à coup. Quand je vois que je n’y arrive plus, j’arrête, je laisse reposer et je reprends ensuite. En général je ne suis jamais satisfaite et je n’ai pas la bonne perception car évidemment ce n’est pas nouveau pour moi surtout quand on a passé plusieurs heures dessus. C’est pourquoi j’ai une amie qui fait office de relecture et de correction ( que je remercie ici ). Quand le poème m’est renvoyé corrigé, j’effectue les derniers réglages. Ensuite il sort pour mon entourage et maintenant le blog !
Je suis perfectionniste et je ne laisse rien au hasard ! De plus j’aime les défis ! Ecrire un poème prend donc du thème et les étapes sont diverses et variées !